Couple : le thérapeute traduit
Date de publication : 08/01/2026
La plupart des couples que je rencontre ne viennent pas parce qu’ils ne s’aiment plus mais parce qu’ils ne se comprennent plus, parce qu’ils ont le sentiment de parler, d’expliquer, de faire des efforts sincères, et pourtant de se heurter toujours au même endroit, là où quelque chose ne circule pas, ne se rencontre pas, malgré l’amour
La plupart des couples ne souffrent pas d’un manque d’amour mais d’une différence de fonctionnement émotionnel mal traduite
Dans ces couples, l’un ressent tout très fort, capte l’implicite, vit les situations avec une intensité qui le traverse entièrement, a besoin de présence, de reconnaissance, de soutien émotionnel, pendant que l’autre fonctionne davantage par le mental, l’action, la logique, l’organisation, et se protège dès que l’émotion devient trop envahissante, non pas par désamour mais par nécessité interne, parce que son système arrive vite à saturation
Aucun des deux n’a tort, aucun des deux n’est défaillant, ils ne regardent simplement pas le monde avec le même prisme, ils ne parlent pas la même langue intérieure, et pourtant ils tentent de se rejoindre avec les outils qu’ils ont appris
La difficulté commence lorsque cette différence n’est plus comprise mais interprétée, lorsque celui qui ressent fort commence à croire qu’il est trop, qu’il dérange, qu’il demande trop, qu’il finira par être abandonné, pendant que celui qui se protège commence à croire qu’il fait toujours mal sans le vouloir, que quoi qu’il fasse ce ne sera jamais assez, et qu’il est fondamentalement incapable d’aimer correctement
Alors ce ne sont plus deux adultes qui se parlent mais deux blessures anciennes qui se répondent, souvent sans en avoir conscience, l’abandon d’un côté, le rejet ou la déception de l’autre, et le couple devient le lieu où ces blessures se rejouent, parfois avec violence, malgré l’amour
Beaucoup de couples s’épuisent à vouloir se faire comprendre en parlant leur propre langue émotionnelle, sans réaliser que l’autre n’a pas le même dictionnaire, que ce qui est évident pour l’un ne l’est pas pour l’autre, que certains attendent une aide spontanée là où l’autre a besoin d’une demande explicite, que certains ont besoin d’exprimer pour apaiser quand l’autre a besoin de silence pour se réguler
Ce n’est pas un manque d’amour, ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est un problème de traduction émotionnelle
Très souvent, ces couples se sentent hors normes, trop sensibles, trop intenses, trop différents, pas assez adaptés à ce monde qui va vite, qui valorise le faire, la performance, le contrôle, et qui laisse peu de place à l’être, à la vulnérabilité, à la lenteur émotionnelle
Et si le problème n’était pas leur sensibilité mais une norme relationnelle profondément malade
Le travail thérapeutique ne consiste alors pas à corriger l’un ou l’autre, mais à créer une langue commune, une troisième langue, où l’on apprend à demander sans culpabiliser, à soutenir sans se sacrifier, à nommer ses choix plutôt que de les laisser être interprétés, et à reconnaître que l’autre fait de son mieux avec son propre système
Aimer, ce n’est pas ressentir pareil, aimer, c’est apprendre à se rejoindre malgré la différence, et accepter que le lien se construise précisément là où l’on ne se comprend pas encore
Dans ma pratique, je rencontre souvent des couples qui ne sont pas en difficulté parce qu’ils s’aiment mal, mais parce qu’ils ressentent différemment
Mon travail consiste à traduire, à ralentir, à remettre du lien là où il n’y a plus que de l’incompréhension
Je travaille avec les couples et leurs différences, non pas pour les faire entrer dans une norme, mais pour les aider à créer la leur
Aimer quelqu’un, ce n’est pas parler la même langue émotionnelle
c’est accepter de ne pas se comprendre immédiatement et choisir quand même de rester en lien
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